Maman et entrepreneure : défi impossible ?

En tant qu’entrepreneure, on peut se poser la question d’une éventuelle maternité. Comment font ces femmes qui arrivent à gérer les deux fronts ?

Il y a aussi de nombreuses mamans qui n’osent pas se lancer dans le développement de leur entreprise, pensant ne pas en être capable.

J’ai donc demandé à une maman qui a vécu les deux situations : une première grossesse pendant son salariat puis une seconde alors qu’elle était à son compte en tant que naturopathe. 

Voici ce qu’elle a à nous dire sur ce sujet passionnant et qui divise également. La parole est à toi Carole.

Au programme ...

Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

Je suis Carole Thiebault, naturopathe. Je me suis installée début 2010, donc ça fait 10 ans cette année. Côté perso, j’ai deux enfants, un grand de 15 ans et une petite de 4 ans, tous les deux du même papa, souvent on me pose la question…

A cause de l'écart ?

Oui, comme quoi c’est rentré dans les mœurs, c’est rigolo. Quand je voulais la deuxième, c’était un coup chance parce que je la voulais vraiment et il y a eu des accidents de parcours entre temps. Mais en même temps, ça me va bien parce qu’en fait, deux petits en même temps, je pense que j’aurai eu du mal à gérer.

Et puis, j’ai pu vraiment m’occuper de mon fils à l’époque, et maintenant je peux profiter de ma fille tout en gardant une super relation avec mon fils. C’est cool.

L'écart d'âge ne leur pose pas de soucis ?

Oh non! Le grand retombe vite en enfance ! Après, on fait bien attention. La petite a vite appris qu’elle n’avait pas le droit de rentrer dans la chambre de son grand frère. Si elle a besoin, il faut qu’elle frappe. En retour, son grand frère est obligé de frapper aussi s’il veut aller dans la chambre de sa soeur. Ce sont des règles pour tout le monde. Et puis, j’adore les voir tous les deux parce qu’il est hyper protecteur. Et pour elle,son frère est son héros.

 Je ne sais pas si ça va continuer, mais en tout cas ils ont une belle relation. Après, quelque soit l’âge, il y a des frictions. Mais ça, je pense que c’est plus les relations humaines que l’âge.

À que âge as-tu eu ton premier enfant ?

J’avais 26 ans et c’était voulu. En fait, jeune, je ne voulais pas d’enfant, vraiment pas. Et c’est le fait d’avoir rencontré le futur papa qui m’a fait changé d’avis. Lui en voulait vraiment. Je me suis dit qu’il serait un super papa et que je pourrai me reposer là dessus parce que je ne pensais pas être une super maman. Et puis finalement, je suis une maman sympa je crois.

Justement concernant ce désir d'enfant : depuis toute petite, est-ce que tu ne voulais pas d'enfant ? Comment cela a-t-il évolué ?

Je ne sais pas si je peux te dire depuis toute petite. En tout cas, c’est vrai que ma fille adore les bébés, moi je n’ai jamais été super attirée. Et puis, mon père était dans la marine, donc pas souvent là. Quand j’étais petite, ça ne me dérangeait pas tellement, c’était normal. Sauf qu’il y a eu un moment où je me suis aperçue que chez les autres, ce n’était pas pareil, que le papa était là tous les soirs.

C’est vraiment la confrontation à la société, au modèle social qui m’a fait réaliser ça.

Penses-tu que cela aurait pu forger ce non-désir d'enfant ?

Oui. J’avais aussi une grosse peur d’être une mauvaise mère, je ne me voyais pas du tout mère au foyer, j’avais envie de bosser en fait.

" Je ne voyais pas de place pour des enfants dans ma vie. "

Te voyais-tu déjà dans le contexte entrepreneurial ?

Non, parce que je ne suis pas issue d’une famille entrepreneure. Je me voyais salariée genre la working girl, comme on voit à la télé. Je ne voyais pas de place pour des enfants dans ma vie.

J’avais aussi l’image de ma mère qui s’est exclusivement occupée de nous. Elle ne le dit pas mais je sais bien que des fois ça a dû lui manquer.

Un jour, elle me téléphone pour me demander si je pensais qu’elle était capable d’intégrer l’équipe municipale de notre village alors qu’elle n’a pas fait d’études. Elle a su gérer une maison seule alors elle est tout à fait capable de gérer des affaires de la communauté.

Donc finalement, le contexte familial y est pour quelque chose, sans forcément que les parents aient voulu transmettre cette idée-là de manière consciente. Ce sont nous, en tant qu’enfants, qui nous créons notre propre modèle et croyances.

Ce qui m’a fait changé d’avis, c’est vraiment la rencontre avec mon compagnon. Un de mes critères était que je ne suis pas toute seule à gérer la famille, on est deux.

 

Pour mon grand c’était un désir d’expérience, avec l’envie de le faire tout de suite, comme ça quand il sera grand je serais encore jeune.

Pour la petite, ça venait vraiment des tripes, le truc hormonal. Le contexte d’arrivée n’était pas le même mais je les aime tous les deux.

Il y a sûrement beaucoup de femmes qui n'ont pas forcément envie d'enfants et qui se posent des questions parce qu'elles recherchent, comme tu dis, ce désir qui vient des tripes et qu'elles n'ont pas. Elles se disent que si elles n'ont pas ce désir-là, peut être vaut-il mieux qu'elles ne soient pas mères.

C’est vrai que dans la société aujourd’hui, les femmes qui disent “je ne veux pas d’enfant” sont mal vues. Je trouve ça super dommage parce que c’est un choix qui se respecte. Personnellement, je pense que si je n’avais pas rencontré le papa , je n’aurai pas d’enfants à ce jour.

Est-ce que tu peux expliquer ton parcours professionnel ?

J’ai un parcours assez classique. J’ai fait  une maîtrise de droit social puis un bac+5 en gestion des ressources humaines, je me suis dirigée vers les ressources humaines.

Salariat, CDD, contrats d’intérims, puis un CDI. J’ai vécu un harcèlement moral et là j’ai dit “Non, j’arrête, je ne vais pas m’épanouir dans ce milieu”.

J’ai cherché ce que je pouvais faire et j’ai découvert la naturopathie. Dès que je me suis décidée et que je l’ai dit autour de moi, tout le monde m’a dit “Ah bah enfin!”

Donc me revoilà repartie à faire des études à 30 ans pile, puis  m’installer et tout recommencer à zéro. Parce qu’il y a 10 ans, très peu de gens connaissaient la naturopathie. 

Aujourd’hui, j’ai mon cabinet. J’interviens en entreprise sur les questions de qualité de vie au travail. Ça rejoint un peu les ressources humaines. On ne se refait pas. 

Je suis aussi formatrice en école de naturopathie. Et là, je suis sur mon blog 28 jours de la vie d’une femme parce que je me suis spécialisée dans l’accompagnement de la femme et des couples en désir d’enfant mais aussi en situation d’infertilité.

Je développe mon blog pour le monétiser à terme. Je pense qu’il faut réfléchir avec les nouvelles technologies et ne pas louper le coche.

C'est sûr. Ce serait dommage.

J’aime bien écrire, c’est vraiment plaisant.

J'ai lu ton article sur les 4 saisons du cycle de la femme. L’analogie avec les 4 saisons que l’on connaît : c’est tellement vrai, et cela explique beaucoup de choses !

En effet, ça permet de comprendre nos phases, nos comportements liés au cycle, les moments où tu es plus irritable par exemple. Cela permet plus de fluidité, on est moins en lutte. Et si un jour ça ne va pas, je sais que c’est lié à la phase et donc que c’est juste passager.

 J’expérimente aussi le fait de l’exprimer à la maison. C’est-à-dire que le jour de mes règles, je le dis, et ça marche : ils me laissent tranquille ! Ca fait des années que je travaille là-dessus, mais ça ne fait que trois mois que j’ai osé l’exprimer à mes proches.

Justement, on ne se rend pas compte que les enfants comprennent lorsqu’on leur expliquent. Finalement, apprendre à exprimer nos émotions.
Quand tu as rencontré ton mari, tu étais à quel stade de ta vie professionnelle ?

J’étais encore salariée. J’étais salariée jusqu’après avoir eu mon fils. J’ai donc vécu la maternité salariée, et puis, avec ma fille, la maternité non salariée. Ça, c’est super intéressant, parce qu’il y a vraiment une différence.

Tu peux donner quelques explications entre les deux types de maternité : salariée et à ton compte ?

Légalement déjà tu as un super congé maternité quand tu es salariée, tu as quand même des facilités. Récemment, ça a changé et maintenant les non-salariées bénéficient du même congé maternité que les salariées.

Mais à l’époque, je n’avais pas ce délai, c’était plus court. Ça a été vraiment très dur pour moi. J’ai mis deux ans à retrouver mon énergie. Quand j’ai relevé un peu la tête de l’eau et que je me suis aperçu de ça, j’ai tout de suite redressé la barre. Prendre soin de moi, faire des choses que j’aime…

"Aujourd'hui, les indépendantes bénéficient du même congé maternité que les salariées. Ça n'a pas toujours été le cas."

Vu que tu as eu les deux situations, est ce que tu peux nous expliquer un peu comment tu t'es organisée ? Comment s'organisaient tes journées ?

Pour commencer, on est deux parents, donc c’est moitié-moitié. Pour mon fils, mon compagnon l’emmenait le matin à la crèche et moi j’allais chercher le soir. C’était compliqué parce que du coup, je n’assistais pas aux réunions tardives. Et en entreprise, c’est plutôt mal vu. Surtout si tu veux une promotion.

Après, on s’est arrangés différemment. Deux jours par semaine c’est lui qui l’emmène et deux jours c’est moi qui l’emmène. Quand un emmène, l’autre se charge du soir. Donc soit j’arrivais plus tard au boulot mais je pouvais rester plus tard, soit j’arrivais plus tôt, mais je devais partir tôt aussi.

C’était un peu plus équilibré. Mon fils ne supportais plus la crèche, du coup on a aussi fait intervenir mes beaux-parents qui le gardaient le mercredi. Puis depuis mes études de naturo, je le gardais.

 Pour ma fille, on a continué le même schéma : 2 jours un parent, 2 jours l’autre parent. Pour mon fils, maintenant il gère, il a une clé si jamais il rentre un peu plus tôt.

On a vraiment la chance d’avoir un super garçon, il est vraiment cool. Je ne sais pas si c’est le fait d’être à la campagne ou l’éducation aussi. Des fois il me téléphone il me dit “Maman on a pas cours, est-ce qu’on peut aller chasser les écrevisses avec les potes dans la rivière ?” Voilà c’est le genre de problèmes que j’ai avec lui.

Ça va, c'est sûr ! Je pense que pour d'autres parents, c'est plus compliqué.

Pour l’adolescence, je croise les doigts, pour l’instant ça va plutôt bien.

Trouves-tu la relation à tes enfants plus intéressante depuis que tu es à ton compte ?

Oui, parce que s’il y en a un qui est malade, je sais que je peux très facilement décaler un rendez-vous alors qu’en tant que salariée, tu dois demander à ton patron, sous réserve qu’il accepte.

Là, je n’ai de comptes à rendre à personne. Je gère et je prends mes propres décisions. Du coup, je sais que je peux être là quand il faut. Il y a 15 jours, j’ai voulu maintenir un rdv visio avec une cliente en la prévenant que ma fille était malade et risquait de me solliciter à la maison. D’elle-même, elle m’a proposé de reporter la séance.

Les clients sont peut-être plus compréhensifs que les patrons.

Oui, c’est clair. J’étais embêtée pour ma cliente mais en même temps, elle a eu raison : je n’aurais pas été 100% là pendant le rdv. Je pense que d’avoir été sincère avec elle, c’est super important aussi.

Dans tous les cas, c’est plus simple pour l’organisation quotidienne. Par exemple pour les prises de rdv, inscriptions au sport ce genre de chose : je peux les prendre en horaires décalées et éviter l’affluence.

C'est l'avantage de pouvoir caser les choses hors plages horaires bondées habituelles.

Oui c’est clair. Après il ne faut pas non plus le faire tout le temps, parce que sinon, tu ne bosses plus !

Y-a-t-il eu des moments dans ta vie professionnelle compliqués à gérer du fait que tu avais des enfants ?

Il y a quelques années, je donnais des cours dans une école de naturo à Lyon. Puis la direction a changé et leurs valeurs ne me correspondaient plus. Je suis donc partie. C’est un avantage d’être indépendant dans ce cas, mais il faut avoir le culot.

Sur le coup, je pensais avoir fait une erreur stratégique car c’était une rentrée d’argent importante. Finalement, d’autres portes se sont ouvertes.

J’ai une collègue qui m’a parlé d’une autre école qui avait besoin de formateurs. Ils ont une autre approche. J’interviens dans les stages en présentiel sur une semaine. Pour moi, c’est plus simple que d’avoir des cours étalés sur l’année. Donc une semaine par mois, je monte à Paris et je reste une semaine là-bas.

Du coup, c'est le papa qui gère ?

C’est ça. Par contre, là dessus, il fait comme il veut, je n’interviens pas. Le secret, je pense, est qu’il ne faut pas regarder. Ce n’est pas forcément  fait comme toi tu l’aurais fait. Mais c’est bien parce qu’ils créent des souvenirs grâce à ces moments privilégiés avec leur papa.

Oui, ça soigne la relation, effectivement.

C’est important parce que des fois, en tant que maman, on est un peu imposante et c’est important de savoir s’effacer. Lorsque je discute avec des copines, elle me disent que leurs maris ne font rien, alors qu’elles ne leur laissent tout simplement pas la place pour qu’ils fassent.

Pour le ménage, c’est pareil : si tu lui fais faire mais que derrière tu dis que c’est mal fait, c’est normal qu’il ne participe plus. Et en réalité, ce n’est pas mal fait, ce n’est juste pas fait comme toi tu l’aurais fait, c’est différent.

Quand je suis à Paris, j’appelle quand même mes enfants. Pour le grand, même s’il fait comme si de rien n’était, j’ai des petits indices que je lui manque un peu.

Pour ma fille c’est plus dur, parce qu’on a une relation vraiment fusionnelle. Au début, ça a été dur de se séparer une semaine. Et de nouveau, avec la reprise post-confinement.

Pour que ce soit moins difficile à vivre, on a trouvé cette parade : j’emmène un livre, et le soir en visio, je lui lis son histoire. Comme cela, on a notre petit moment tranquille ensemble

"En gardant le contact, on maintient la proximité de la relation."

L’idée serait de se trouver des petits rituels pour garder le contact ?

C’est ça. Et en gardant le contact, on maintient la proximité de la relation.

La semaine dernière, mon fils a croisé des lamas en faisant du vélo. Il m’a envoyé une photo.

Ce que j’ai vu, c’est un fils qui pense à prendre une photo pour me partager son émerveillement. Le lien est là alors que je suis à 500 km.

Je pense que cette relation est préférable à une mère qui est physiquement présente mais mentalement absente.

Au final, c'est la qualité de la relation qui compte.

Pour moi, oui. Par exemple, mon fils est venu me parler spontanément d’un truc d’ado qui le tracasse. Je suis super fière parce que je me dis que j’ai réussi à avoir ce lien de confiance avec lui : il sait qu’il peut venir me parler sans gêne.

Dans le choix de l'éducation de vos enfants : est-ce que vous avez développé la communication ouverte ?

Effectivement, on a fait des ateliers de communication parent/enfant. Ce sont les ateliers Faber et Mazlich. L’idée est de parler pour que les enfants écoutent et écouter pour que les enfants parlent. C’est super intéressant, vraiment. Il y a un livre qui existe et il y a des ateliers aussi. J’avais lu le livre avant de faire les ateliers. J’étais impressionnée par le résultat.

Un jour, mon fils m’appelle. Je rentre dans sa chambre : c’était le bazar. Tout était sens dessus-dessous. Je regarde mon fils et je lui dis calmement : “Tu sais, quand je vois une chambre comme ça, ça me met vraiment en colère parce que ça m’a pris du temps pour la ranger et faire le ménage”.  Il avait 7 ans. Il me regarde et il me dit : “Il faut peut-être que je range alors”. J’étais scotchée. 

Ça rejoint beaucoup la communication non violente au niveau de la formulation des phrases.

Ce sont les mêmes bases avec des petites astuces pour les enfants. Les ateliers nous ont beaucoup apporté, parce que tu fais des mises en situation où tu te mets à la place de l’enfant. Après je ne dis pas que je ne m’énerve jamais, mais en tout cas, nos relations sont apaisées depuis qu’on le pratique.

Et par conséquent, la confiance est entretenue.

On essaie de laisser une grande flexibilité, une ouverture parce que je pense que ça leur forge aussi la personnalité. Après, on instaure des règles aussi. Mais, enfant,  j’aurais aimé avoir ce type de relation avec les autres, alors que c’est quelque chose que j’ai appris une fois adulte.

D'après toi, la communication non violente devrait être enseignée à l'école ?

Tout à fait. D’ailleurs, j’ai une collègue qui intervient auprès des profs, des instits et des crèches. Elle aide à améliorer la relation avec les enfants mais aussi parents-profs.

C'est encore une autre problématique, les parents qui agressent les professeurs.

Oui. On peut dire que ce type d’actions, ce sont des petits pas, mais c’est intéressant car on voit les choses changer.

Que pensent tes enfants du fait que tu es une maman entrepreneure ?

Honnêtement, je ne sais pas te dire. Il faudrait leur demander. Je ne suis pas sûre qu’ils se soient posés la question du fait que je sois entrepreneure ou pas. Je suis leur maman.

Je me souviens d’une fois où je discutais avec mon fils, et j’avais besoin de temps pour moi. Je lui ai dit : “Tu sais, avant d’être maman et d’être amoureuse de papa, je suis aussi une femme.” Il m’a regardé bizarrement et j’ai senti que c’était un peu trop compliqué à percevoir pour le moment pour lui.

Je ne suis pas sûre qu’il me voit en tant que femme, entrepreneure. C’est une maman qui a un travail et puis voilà.

Peut-Être ne voit-il pas encore la différence entre les mamans qui salariées et celles qui sont entrepreneures ?

Oui, je ne suis pas sûre sûre qu’il fasse le distinguo. La petite, c’est sûr que non.

Penses-tu avoir une meilleure relation avec tes enfants du fait que tu sois à ton compte ?

Oui carrément. Avant, j’aimais mon travail mais je ne suis pas faite pour le salariat. Je crois que je serais malheureuse si je devais y retourner. Je suis quelqu’un d’indépendant. Je m’éclate professionnellement, ce qui fait que je n’ai pas à subir. Du coup, je suis plus épanouie. Donc forcément, je suis plus zen à la maison. C’est beaucoup mieux maintenant.  

Parfois, il peut y avoir de la préoccupation que tu n’as pas en tant que salariée, du fait que si tu ne bosses pas, tu n’as pas d’argent qui rentre. Au début du confinement, j’étais un peu angoissée, je pensais perdre 10 ans d’efforts.

Finalement, une semaine après, j’ai retrouvé des contrats. Si j’avais été jeune naturopathe, je ne les aurais pas eu. J’ai la chance d’avoir un réseau, j’ai des entreprises avec qui j’avais déjà travaillé. Ce sont elles qui sont venues me solliciter, pour faire des choses inédites, à distance. Du coup, j’ai même explosé mon chiffre d’affaires du mois d’avril.

Comme quoi, le confinement a pu ouvrir des portes et souffler des pistes.

Je dois dire que je suis assez suis fière de moi. Il y a cette préoccupation, mais en même temps, tu construis et tu te construis. On est plus forte lorsqu’on sait qu’on est capable de déplacer des montagnes, tu retrouves la confiance en tes capacités.

Effectivement, et cette confiance vient avec l'expérience. Je suppose que de nombreuses femmes thérapeutes et sans enfants doivent réfléchir à deux fois avant d’envisager une grossesse ?

C’est sûr et certain. Il y a la sécurité financière qui rentre en compte dans les réflexions. Nombreuses sont celles qui font leur bébé entre la formation et l’installation. Parce qu’elles sont encore indemnisées par pôle emploi par exemple. Elles ont la sécurité financière et s’installent après.

Penses-tu que la personnalité joue un rôle dans les réflexions sur la maternité ?

Oui. Si tu es quelqu’un d’angoissé par nature, c’est compliqué d’être entrepreneure. Tout à l’heure, je te disais que d’avoir une entreprise m’a donné confiance, mais la maternité également. Pour ma fille, j’ai accouché physiologiquement. Du coup, dans les moments difficiles je me dis : “Carole, tu as fais ce truc incroyable d’accoucher sans personne, tu es capable de tout maintenant”.

"Avoir des enfants, c'est un peu comme à la piscine : on ne sait pas si l'eau va être froide ou chaude, il faut plonger pour savoir !"

Dans ton entourage, est-ce que tu as subi des critiques sur l’éducation de tes enfants du fait que tu sois entrepreneure ?

Non, pas de critiques. J’ai pu entendre : “T’as de la chance, tu fais ce que tu veux quand tu veux”.

Je ne sais pas si c’est de la chance d’avoir bougé, cherché, fait le dossier d’inscription à la formation, d’en avoir bavé de reprendre des études, de ne pas pouvoir me verser de salaire les 3 premières années.

Je ne suis pas sûre que ce soit de la chance. Mais effectivement, je fais ce que je veux quand je veux, c’est-à-dire que si je veux rester au lit toute la journée, il  n’y a rien qui rentre.

Est-ce que tu aurais un conseil à donner aux mamans qui aimeraient devenir entrepreneures et à l'inverse, aux entrepreneures qui aimeraient devenir maman ?

J’ai envie de te dire : “la vie est tellement pleine de surprises qu’on ne peut rien prévoir!”

 Mettez en place ce qui vous sécurise intérieurement, et ensuite, il ne faut pas trop réfléchir. Il suffit d’engager d’enclencher des actions pour que l’objectif se concrétise.

C’est un peu comme à la piscine : on ne sait pas si l’eau va être froide ou chaude, il faut plonger pour savoir ! Et quand bien même elle serait froide, on en ressort vivant, on a fait une expérience, et on est tout content.

Ensuite, j’ai envie de reprendre un slogan que j’ai mis sur mon profil Instagram par rapport à la vie d’une femme : “Oubliez les règles, suivez les vôtres”.

Excellent ce slogan !

Le parallèle avec les menstruations, c’est de se mettre ses propres règles. Les menstruations, le cycle féminin : ce sont des indices sur ce qui se passe en nous. Pour l’avoir vécu et avoir les retours des clientes qui vivent la même chose : lorsque l’on s’observe, on fait bouger des choses dans sa vie. On reprend confiance. On peut se dire qu’on a des ressources intérieures.

C’est d’une richesse !

C’est ce qui fait qu’on arrive mieux à prendre une décision : soit de se lancer dans l’entrepreneuriat, soit de se lancer dans une grossesse.

Mais quoi qu’il en soit, je trouve que de devenir maman ou entrepreneure, les deux nous poussent à aller vraiment au-delà de nous-même.

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