La Psychothérapie avec Patricia Levy

Psychothérapie, psychanalyse, psychologie, … Je me suis toujours demandée quelles étaient les différences entre tous ces termes. Utilise-t-on les mêmes techniques chez un psychanalyste que chez un psychothérapeute ? 

Le besoin de parler, d’exprimer nos ressentis est humain et ne date pas d’hier. Avec la sortie de la série évènement Freud sur Netflix, qui retrace le parcours romancé du fondateur de la psychanalyse, l’occasion était toute trouvée pour interviewer Patricia Levy, psychothérapeute dans la région d’Avignon.

Au programme ...

Peux-tu nous raconter ton parcours ?

Je suis Patricia Levy, je suis psychothérapeute depuis 20 ans maintenant. En fait, je n’ai jamais choisi véritablement d’être un jour psychothérapeute. Quand je dis choisi, c’est-à-dire aller au CIO [ndlr : Centre d’Informations et Orientation] et puis chercher dans les fiches et me dire “C’est ça que je veux faire !”. Je n’ai jamais fait ça.

J’ai commencé avec des études de droit. J’étais assistante de direction mais cela ne m’intéressais pas du tout. Très vite, j’ai eu besoin de faire une psychothérapie. Au bout d’un an, j’allais mieux et j’ai demandé à mon thérapeute :  “Mais qu’est-ce qu’on a fait ? Nous n’avons fait que parler, rire, pleurer et je vais mieux”. Il m’a répondu que c’est la technique de l’approche centrée sur la personne de Carl Rogers qui permet ça. Il m’a invité à suivre un premier module d’expérimentation.

Pour moi, cela a été une révélation. Lors des premiers cours, je pleurais tellement je me sentais connectée à ce que j’avais à faire. Puis j’ai divorcé. J’ai donc dû trouver un travail alimentaire, essentiellement en CDD, pendant 8 ans. Un jour, je n’y suis pas retournée car les patrons étaient très désobligeants. J’avais peur de ce que j’allais devenir.

J’en ai alors parlé à une amie qui m’a dit : “Pourquoi ne ferais-tu pas de l’écoute active parce que tu es vraiment très douée”. Donc, je me suis lancée. J’ai commencé par écrire des articles dans un journal régional. Puis, les gens ont commencé à venir consulter. Mes premières rendez-vous se sont faits dans mon salon, à la maison avec mes filles à l’étage. Très vite, j’ai compris que c’était sérieux, même si je savais au fond de moi que ma formation n’était pas terminée.

Un jour, j’ai été très touchée par une relation avec un client. Une amie m’a alors conseillée de me faire superviser pour apprendre à gérer la situation. Je n’en avais pas très envie d’autant plus que ces supervisions coûtent chères. J’ai tout de même pris contact avec celle qui deviendra ensuite ma “psy de coeur”. Elle m’a refusé la supervision sous prétexte que je n’avais pas fini ma formation de psychothérapeute.

Elle a utilisé une analogie que je trouve très intéressante. Elle a comparé le cursus d’un psychothérapeute à celui d’un chirurgien. Un chirurgien apprend à ouvrir la personne, enlever ce qui ne va pas et referme. Il ne laisse pas la plaie ouverte. En psychothérapie, c’est pareil.

“Le cursus d’un psychothérapeute est comme celui d’un chirurgien : tu dois apprendre toutes les étapes. Un chirurgien ne laisse pas la plaie ouverte.”

J’ai donc terminé ce 3e cycle. J’ai enchaîné avec un cursus en psychopathologie de 3 ans. Cela me permet de savoir assez rapidement si la personne a un trouble psychiatrique ou juste névrotique. À partir de là, j’ai pu sortir de ma petite maison HLM et me trouver une maison avec un cabinet. J’ai continué de me former sur la spiritualité, les religions, le rapport au corps et le décodage biologique des maladies. Ces formations sont passionnantes et elles me servent beaucoup dans ma pratique.

Ce qui est merveilleux, c’est que mes clients sont super alignés avec ces sujets. Par exemple, je reçois cette femme qui est agrégée de philosophie : j’ai l’impression que c’est plus elle qui me donne des cours que moi.

C’est génial lorsque le courant passe comme ça.

Et depuis que je donne mes séances en visio, seuls sont restés les clients qui veulent vraiment travailler sur eux, et ça c’est génial.

Ça écrème un peu, finalement. Tu vois ceux qui sont vraiment motivés à fond.

C’est ça. D’ailleurs, on va même plus rapidement en profondeur avec la visio.

Ah bon ?

 Oui. On va droit au but. Au début, je pensais que ce serait le contraire. J’en étais la première étonnée.

Aujourd’hui, je m’occupe plutôt de la supervision de thérapeutes, je les accompagne dans leur expertise professionnelle, surtout pour ceux qui n’ont pas appris cette posture d’être thérapeute et de ce que cela signifie comme engagement vis-à-vis de son client et de soi-même. Comme tu l’as compris, c’est vraiment une passion.

Tu as réussi à lier tes qualités et tes compétences dans ta pratique professionnelle.

Quand on me demande de parler de mon métier me vient souvent la chanson de Renaud : “Ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme”. C’est pareil pour la psychothérapie en ce qui me concerne.

Et surtout, d’intégrer l’approche spirituelle dans ta pratique. C’est intéressant.

Carl Gustav Jung est le premier psychothérapeute à parler de dimension de l’âme au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, quasiment tous les thérapeutes en parlent. Mais il y a 20 ans c’était tabou. D’ailleurs, à une réunion de psychothérapeutes, j’avais commencé à l’évoquer. Ils m’ont ri au nez. Cela m’avait profondément blessée. Comme quoi en 20 ans, il y en a eu du changement.

Est-ce que tu pourrais expliquer ce que c’est exactement la psychothérapie ?

La psychothérapie vient de la psychanalyse. La psychanalyse, c’est Freud qui l’a “découverte”. Il était psychiatre et faisait de l’hypnose.

À l’époque, les femmes étaient compressée dans les corsets, mais aussi  opprimées dans des rôles très restreints de maîtresse de maison, mère et amante pour satisfaire les besoins des hommes. 

Cela leur provoquait des bouffées d’angoisse délirantes et elles se retrouvaient chez le psychiatre. Or, le psychiatre ne savait pas comment gérer ces femmes, elles n’avaient pas de maladie psychique à proprement parler. Il s’agissait de crises hystériques du fait de la compression prolongée de la poitrine. 

Cela nous arriverait aussi si notre poitrine était trop longtemps comprimée. Freud chercha donc à délivrer ces femmes en les faisant parler sous hypnose pour comprendre la raison de cet état. Elles se mettent alors à livrer leurs secrets : une vie abominable, emprisonnées dans leur maison et dans leur corset, violées par leurs maris.

C’est très vite devenu une mode début du XIXe siècle d’aller en analyse pour la noblesse et la haute bourgeoisie. On disait qu’on allait en cure, comme on allait en cure de bains.

Le principe est que le patient est allongé et le psychanalyste lui tourne le dos. Le patient fait ce qu’on appelle une association libre. Il parle de ce qu’il veut et voilà.

Puis est arrivé Jung. Selon lui, les problèmes sexuels ne sont pas les seuls blocages sur l’évolution de l’être humain. Pour lui, l’âme cherche à communiquer au corps.

À partir de là, il y a eu plusieurs courants de psychothérapie. Le courant humaniste a été créé par Carl Rogers. C’est un psychologue américain né dans les années 50. Il travaillait en psychanalyse mais cela ne lui semblait pas suffisant. Il vint alors en Europe pour observer les pratiques outre-atlantique. Il change la dénomination de patient en “client” car ce dernier n’est pas malade. Il change d’attitude et s’assoit face à lui, sans bureau.

La personne à tout en elle pour s’autoguérir.

Nous avons tous en chacun de nous toutes les connaissances universelles. Cependant, elles sont endormies et il faut quelqu’un pour les renvoyer, les réveiller.

Dans un premier temps, la personne ne s’entend pas parler. Le thérapeute va donc renvoyer ce que la personne dit par reformulation. Il existe plusieurs niveaux de reformulation : factuelle, émotionnelle, sensitive, …

C’est cette prise de conscience de soi qui fait que le client va pouvoir aller chercher dans ses ressources des étapes de guérison.

Ça transite donc forcément en la personne du thérapeute qui renvoie la balle.

Oui. C’est pour ça qu’on parle d’un processus et qu’une séance ne suffit pas.

Comment se définit le nombre de séances ? En fonction de la personne ?

Absolument. On ne peut absolument pas prévoir. En général, les gens viennent pour des typologies basiques : quête de sens, divorce, changer de métier. Une fois que c’est résolu, ils continuent de venir consulter parce qu’ils aiment cette façon d’être renvoyé à eux-mêmes. On peut même dire que c’est un renvoi amoureux avec eux-mêmes. C’est très plaisant.

Tu disais que Rogers était psychologue. Peux-tu expliquer la différence entre psychiatre, psychologue et psychothérapeute ?

Le psychiatre est le médecin qui s’occupe des pathologies psychiatriques. Le psychologue, c’est le scientifique des troubles mentaux. Il va d’avantage faire un travail scientifique avec des nomenclatures. Il peut ainsi définir un comportement, une typologie et classer les personnes dans cette nomenclature. Le psychothérapeute amène le client à trouver les ressources pour aller mieux.

Que ne fait pas un psychologue ?

Non. Le psychologue n’est pas formé à ça. Beaucoup de psychologues se permettent de faire de la psychothérapie. J’ai reçu en consultation des psychologues épuisés par leur clientèle. Ils ne s’en sortaient pas d’une part parce qu’ils ne savaient pas faire, d’autre part ils s’en prenaient plein la figure. Ça, c’est un paradoxe bien français. 

Il faut savoir que de l’autre côté de l’Atlantique, tout le monde a son avocat et son psychothérapeute. Ici, il faut se cacher pour aller voir un psy.

C’est important de clarifier les choses, il existe tellement de titres qu’en tant que client on est un peu perdu.

Un psychothérapeute a obligatoirement fait des études de psychothérapie, un travail sur lui, une supervision et un diplôme de psychopathologie.

Avec toutes ces conditions, on passe un diplôme interne à notre école qui nous permet, sur dossier, de demander un diplôme européen, le CEP. C’est ce que j’ai fait. Ce diplôme en poche tu peux demander un numéro à l’ARS [ndlr : Agence Régionale de la Santé].

Il y a environ 3 ans, une loi est sortie pour préciser qui peut prétendre à ce titre de psychothérapeute. Par exemple, si tu sors de mon école mais que tu n’as pas la formation de psychopathologie, tu n’as pas le droit d’utiliser le terme de psychothérapeute. Tu es psychopraticien.

Ce module de psychopathologie est très important. C’est une protection pour le client comme pour moi. Cela m’est arrivé deux fois d’accompagner de vrais schizophrènes qu’on dit dangereux : ils ne sont pas plus dangereux que ça, mais il est important de  savoir où est la limite pour ne pas m’épuiser.

Et quels sont tes clients ? Pourquoi viennent-ils consulter ?

Ma clientèle est très variée. Elle va de 12 ans à 80 ans. Essentiellement des femmes. Depuis quelques années, j’ai un peu plus d’hommes. Je ressens que l’univers masculin à envie de rentrer dans cette quête de sens, dans cette quête de soi. Ils viennent pour des dépression, quête de sens, maladie, perte de repère, changement de travail.

Quels sont les bénéfices qu’ils peuvent en tirer ?

Au bout de 4 ou 5 mois, à force de se reconnecter à eux-mêmes, ils sont plus joyeux, ont de nouveaux projets, une réelle joie de vivre. En général au bout de 6 mois à 1 an, c’est terminé. Mais 80% d’entre eux continuent parce qu’ils ont  comme gratté la surface, ils ont envie de gratter le reste.

Quelle est ta couleur en tant que psychothérapeute ?

Je crois que ma singularité, c’est vraiment une ouverture de conscience vers le spirituel, l’ouverture vers les mondes invisibles. Je n’en parle pas trop mais quasiment tous mes clients sont branchés spiritualité.

"Je crois que ma singularité, c’est vraiment une ouverture de conscience vers le spirituel."

Quel est ton plus grand défi aujourd’hui dans ton activité professionnelle ?

Devenir une référence de soutien pour les autres thérapeutes parce que ce que je me rends compte que dans ce milieu, les praticiens connaissent leur métier, mais ils font n’importe quoi au niveau de la relation client. Je l’ai vécu, en tant que cliente.

[ PORTRAIT CHINOIS ]

On va aborder des questions pour mieux te connaître. Est-ce que tu pourrais me citer une personnalité ?

Lara FABIEN, j’adore cette femme pour ce qu’elle est. Sinon il y a aussi Claude HALMOS : c’est une psy qui sait vulgariser le travail psychanalytique. Et aussi Christiane SINGER qui est philosophe, chercheuse de sens, connue dans le milieu du développement personnel. Elle est morte il y a quelques années. Elle a écrit de très bons bouquins L’Éloge du mariage entre autres.

Du coup, je rebondis : est-ce que tu as un livre en particulier à conseiller à nos lecteurs ?

Oui. “Mère” de Laurent HUGUELIT. C’est la forêt qui raconte à l’auteur  pourquoi le monde est devenu fou. Pourquoi nous sommes là et pourquoi nous EN sommes-là.

Ton plat préféré ?

Le couscous.

Est-ce que tu as un mantra dans ta vie ?

“Paix, joie, amour, harmonie”. Je le répète souvent. J’aime beaucoup ces mots-là. Ils me calment et me remettent à ma place. Pour moi, la paix c’est quelque chose de très simple, elle procure de la joie et vient de l’amour. L’amour crée de l’harmonie, c’est très doux.

Est-ce que tu aurais une source d’informations que tu suis au niveau de ton activité, et qui pourrait intéresser d’autres thérapeutes ?

Je n’en ai pas particulièrement. Je pense surtout à Psychologies Magazine parce que c’est une très bonne vulgarisation pour tout le monde, il y a des articles de tout niveau et accessibles à tous. Mais je ne lis plus tous ces magazines à vrai dire. J’en suis à une période de ma vie où je n’ai plus envie de remplir ma tête, plutôt de la libérer et remplir mon cœur.

"J’en suis à une période de ma vie où je n’ai plus envie de remplir ma tête, plutôt de la libérer et remplir mon cœur."

Si vous souhaitez en savoir plus sur Patricia, découvrez sa page Facebook haute en couleurs.

Et si vous voulez en apprendre d’avantage sur les différentes familles de psy, voici un excellent article publié par l’Institut de Formation à l’Approche Centrée sur la Personne qui explique en détails quelles sont les différences entre les psy.

 

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